LE Récit Imagé

by Pierre Wat

Une histoire écrite par Pierre Wat en 12 chapitres

Chapitre VIII

J’ai décidé de noter ce que je vois pour tenter de comprendre qui est celle que j’appelle désormais « Elle », et ce qu’elle fait. Il me semble que, si j’arrivais à trouver les mots, je comprendrais mieux et même, je verrais mieux tout ce qu’elle offre à ma contemplation. J’ai pris conscience de cela hier, tandis que je me tenais devant le mur blanc où, une fois encore, elle avait disposé des choses inconnues qui faisaient naître en moi des émotions douces et profondes. Je suis seul depuis si longtemps, maintenant, que j’ai fini par me parler à voix haute. Je me tiens compagnie. C’est devenu une telle habitude que j’en ai oublié l’étrangeté. Quelqu’un qui me verrait me prendrait sans doute pour un fou. Mais Elle, si elle m’entend et me voit, que pense-t-elle ?

Bref hier, je me parlais sans vraiment prêter attention à ce que je disais quand je me suis rendu compte de ce que j’était en train de faire. Je me souviens de mes mots, que j’ai entendus comme s’ils sortaient d’une autre bouche que la mienne : « On dirait une pluie… ». Il a suffit de cela : de ce mot – pluie – que je n’ai ni prononcé ni pensé depuis que je suis sur cette île où il ne pleut pas, pour me retrouver, enfant, dans la maison de mes grands-parents, les yeux collés à la vitre, en train de regarder la pluie glisser sur le carreau. J’étais ému aux larmes ! Tiens, ça ressemblait aussi à des larmes sur la joue d’une femme maquillée, ces traits sombres qui coulaient tous dans le même sens. Voilà, deux mots – pluie, larmes – et je me mets à voir ce qui, un instant auparavant, n’était qu’un simple jeu de lignes plus ou moins droites, pas vraiment parallèles, s’évasant légèrement vers le bas. J’aurais pu prononcer un autre mot. « Cheveux », par exemple, et la vitre mouillée de mon enfance serait devenue une chevelure offerte à ma rêverie, et à mon envie d’y enfouir mon visage et mes mains. Heureusement, sous cette gerbe de lignes vives, il y avait un cube noir, tel un monolithe impassible. Quelque chose d’innommable, quelque chose qu’aucun mot n’aurait pu offrir en pâture à mon désir d’appropriation. Il faut que je fasse attention. A trop prendre les choses pour des êtres, je vais réellement devenir fou.

La suite le mois prochain !

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