LE Récit Imagé

by Pierre Wat

Une histoire écrite par Pierre Wat en 12 chapitres

Chapitre IX

Depuis quelques jours je ne vais pas au grand mur blanc. Non que l’envie me manque, mais parce que j’éprouve sans trop savoir pourquoi un besoin d’une autre nature. Si j’allais au mur chaque jour comme j’ai pris l’habitude de le faire, je suis certain qu’Elle me réserverait de nouvelles surprises, des agencements toujours différents d’objets propices à me procurer des émotions inconnues. J’aime à la folie cette expérience qui envahit tous mes sens ! Mais j’ai remarqué, au bout d’un certain temps, que j’avais besoin, afin de conserver en moi cette jouissance qui est chaque fois comme un nouveau jaillissement, de faire des pauses, pour mieux me souvenir. Penser à ce que j’ai vécu devant le mur, tenter de faire ressurgir la sensation éprouvée devant les formes et les couleurs qu’elle y a disposées, est aussi délicieux et nécessaire que l’expérience première. Dans l’exercice de la mémoire, quelque chose se sédimente comme si, au-delà de l’oubli, l’essentiel venait se nicher en moi. 

Pour penser à ce que j’ai vu, je vais à la falaise, un lieu rude, au bord du monde, où rien ne vient bloquer le regard ni la pensée. Là, au milieu des blocs de calcaire que la mer a façonnés selon sa fureur et sa fantaisie, je me souviens et je rêve. Il y a quelques jours, l’un de ses blocs – était-ce en raison de sa forme étrangement géométrique ? – a attiré mon attention. C’était un parallélépipède aux arêtes vives, qui semblait fraichement taillé par la nature. A côté de lui, une pierre de petite taille gisait, comme en attente de la main qui viendrait la saisir. Je m’en suis emparée. C’était un silex doux et coupant. Sa forme épousait la paume de ma main. Alors j’ai commencé : mu par une sourde nécessité, appelé par la force du silex qui entrainait mon bras, j’ai commencé à attaqué le parallélépipède, afin de lui donner une autre forme – la forme de mes souvenirs. 

Combien de temps ai-je travaillé sans rien voir de ce que je faisais ? Combien de temps ai-je agi ainsi, à l’aveugle, guidé par ma seule sensation, et les images du grand mur qui surgissaient sans cesse devant mes yeux ? Peu à peu j’ai vu. Et bientôt j’ai compris. Ces creux, ces niches, ces passages, ces angles nouveaux que je faisais naître à coups de silex, étaient autant de lieux pour Elle : d’espaces ouverts dans le grand mur afin qu’elle vienne, demain et chaque jour, y disposer de nouveaux objets engendrant le rêve et le souvenir, encore et toujours. 

J’ai travaillé longtemps, sans doute, car, lorsque j’ai levé les yeux de mon ouvrage, il faisait nuit. Au-dessus de la falaise, le ciel était zébré de bleu.

La suite le mois prochain !

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