LE Récit Imagé

by Pierre Wat

Une histoire écrite par Pierre Wat en 12 chapitres

Chapitre XI

J’étais joyeux, ce matin, en longeant la mer comme je le fais chaque jour, un peu à la façon d’un propriétaire faisant le tour de son jardin. Cette île, mon île, est devenue ma maison. Pardon, notre maison. Car je ne vis pas seul, je le sais, puisqu’Elle est là, mon hôtesse secrète qui, chaque jour, offre à ma délectation des beautés inconnues qui sont comme autant de promesses de bonheur.

J’étais joyeux jusqu’à ce qu’au loin surgisse ce qui, peut-être, mettra fin aux délices et aux rêves. Une voile, minuscule d’abord puis plus grande à mesure que je cheminais le long du rivage. Une voile, cette forme si longtemps espérée qui jamais n’avait, jusqu’à ce jour, traversé le ciel impitoyablement vide de mon île. Elle s’est approchée et je suis resté immobile. Elle a longé le rivage et je n’ai pas crié. Rien, pas un mot, pas un geste, même pas un son. Combien de fois ai-je imaginé cette scène ? Combien de fois ai-je espéré ? Combien de fois ai-je prié ? Voici que cela arrive et je me découvre paralysé. Je ne veux pas partir. Je veux retourner chaque jour au grand mur blanc et jouir encore et encore du plaisir de voir ce que je n’avais jamais vu. Je veux voir et sentir, être touché par ce que je regarde comme par une caresse, et puis y songer toujours quand je quitte le mur pour retourner là où j’ai désormais ma couche, afin, au moment où je m’endors, de me bercer dans le souvenir de ma sensation.

Quand le bateau est parti, quand cette voile claire ne fut pas même un point sur l’horizon, je me suis assis face à la mer et j’ai crié. Par pour ceux qui, au loin, s’éloignaient sans me voir, mais pour Elle qui m’offre tant de joies, afin qu’elle partage mon chagrin. J’étais là, depuis des heures sans doute, en tailleur, face à l’océan, quand le soleil s’est couché, m’offrant, comme pour m’inciter à demeurer à jamais sur ce rivage, un spectacle d’une beauté inouïe, comparable seulement à ceux que me réserve le grand mur. Dans cet entre-deux si fugace que l’on dit entre chien et loup, la mer buvait la terre, à moins que ce ne soit le contraire. Quant au ciel, témoin de cette noce où régnait un mauve boréal, il devenait vert, d’un vert sombre que traversaient seulement quelques nuages blancs et laiteux. Mon île se dissolvait et le ciel craquait, tel un vieux tableau usé, sous le poids de cette dissolution.

Un tableau ? Oui, on aurait dit un tableau. Le temps que je me relève, avec ce mot en tête, le tableau avait disparu, laissant place au noir d’une nuit sans images. Le monde sera-t-il de nouveau visible demain ? Si seulement je pouvais aller au grand mur maintenant. Je suis sûr que je la trouverais enfin. Mais je n’ose pas y aller, de peur de la faire fuir, à jamais.

Je ne dormirai pas cette nuit. J’ai trop peur que le bateau revienne. Je vais veiller. Veiller sur mon île où vit la beauté.

La suite le mois prochain !

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