Transmitter, Richard Serra

 

 

Ellipses d’acier, spirales labyrinthiques, fragiles verticalités ou torsions monumentales sont autant de formes qui évoquent les majestueuses installations de métal de Richard Serra, génie des perspectives et de l’espace. Les amoureux de ces souples courbes poétiques seront heureux d’apprendre que le  sculpteur américain de quatre-vingt-deux ans est de retour à Paris où il expose sa nouvelle création en acier Transmitter à la Galerie Gagosian du Bourget.

 

 

Spécialement conçue pour cette exposition, la sculpture est hors norme : 210 tonnes, 15 plaques d’acier de 4 mètres de haut, 17,7 mètres de large, 18,2 mètres de long. L’œuvre est si monumentale qu’il a même fallu réquisitionner un convoi exceptionnel pour la transporter entre son lieu de fabrication en Allemagne et la galerie au Bourget. Sur place, on a dû abattre un mur de la galerie conçue par Jean Nouvel et renforcer le sol avant de l’installer. Transmitter est, comme tous les projets de l’artiste, une œuvre “hyperphysique” qui allie la rigidité de l’acier, matériau froid et guerrier, à la souplesse de la forme qui épouse sensuellement l'espace. Cet ensemble crée un contraste surprenant. On pense à l’aphorisme sanskrit “Sthira Sukham Asanam” qui symbolise cet équilibre clé de la vie, cette balance à trouver entre la douceur et la fermeté. Cette idée nous la retrouvons dans l’expression française “une main de fer dans un gant de velours” et c’est tout à fait le sentiment que l’on ressent face aux œuvres de Serra, ces “rubans d’acier à la souplesse de serpents”.

 

 

Il y a une dimension géologique à ces monolithes d’acier qui impose le respect, le calme et l’introspection. Quel est le message transmis par Transmitter ? Celui d’une promesse de stabilité réconfortante, d’un espace distinct de 210 tonnes, immuable et puissant, qui tient par la seule force de la gravitation. Ce cocon rassurant et brut nous évoquerait presque notre propre maison-mère, cette Terre si lourde voguant comme une plume dans l’infini spatial. Notre planète et Transmitter ont en commun cette puissante beauté mêlée à une immense fragilité. Tout semble pouvoir s’écrouler en un instant et pourtant, ces gigantesques œuvres ne cessent de nous surprendre et de nous émouvoir. Il n'y a que la main de l’homme capable de les abîmer ou de les détruire, comme ce fut le cas en 1983 lorsque Clara Clara fut vandalisée au Jardin des Tuileries. Heureusement le temps nous apprend à prendre grand soin des trésors qui nous sont offerts par les plus grands des artistes.