Picasso

Picasso

Je viens de finir l’ouvrage de Sophie Chauveau, ‘Picasso, si jamais je mourrais’ qui couvre les années 1938 à 1973, date de sa mort.Moi qui avait une belle image de Picasso, artiste génial, enjoué, heureux, optimiste et altruiste ; tout s’est effondré, tout sauf l’artiste de génie évidemment.
Le romain, très documenté, aurait pu s’appeler Picasso et les (ses) femmes.Il trace les relations du peintre avec les femmes de sa vie, la vie de ces femmes avec lui et après lui...quel chaos ! Colérique, méchant, par calcul ou plaisir, cynique, pingre, égoïste, il aime ridiculiser, faire souffrir, sentir les autres dépendants de lui, mentir, promettre dans le vide,  « tout élan de tendresse est suivi chez lui d’une reculade ou d’une cruauté ». Ayant une haute opinion de lui même et de sa peinture, il se croit tout permis, et se permet d’ailleurs absolument tout. Pierre Cabanne parle de « destruction diabolique ».

 Ci-après les cinq femmes qui en ont probablement le plus souffert.

 

Olga d’abord, la danseuse russe, la seule « vraie » femme, la seule qu’il a épousé en pleine conscience. De leur union est né un fils Paulo. Toute sa vie elle sera dépendante financièrement du peintre qui ne manquera pas de lui faire remarquer en permanence…Elle mourra seule.



Puis Marie-Thérèse, la blonde ronde, douce, soumise et athlétique. Ils auront Maya ensemble. Toute sa vie, Picasso lui écrira des lettres pour lui faire croire qu’elle est la seule et l’unique « vrai amour de sa vie » pour la garder sous son aile. Elle mourra seule. 


Elle sera remplacée par la charismatique Dora, l’endurante qui aura supporté plus de 10 ans Picasso. Grande brune, diva cultivée respectée, au sens de l’humour aiguisé et au caractère bien trempé. 

C’est « La femme qui pleure » dans les tableaux du maître. On prétend que ces tableaux sont des allégories de la guerre, qu’elle aura traversé avec lui. Ces portraits atteignent des sommets de déformation, « il n’aura jamais si mal traité une femme aimée ». Bafouée et ridiculisée (elle était stérile et n’hésitait pas à le lui rappeler), elle frôlera la folie (elle passera quelques jours à Saint Anne et sera suivie ensuite par Lacan) et ne se remettra jamais de leur relation.  

On doit à Dora les clichés de Guernica qu’elle aura soutenu et suivi pendant toute sa création. 

Dès 1934, autour de ses 50 ans, il est déjà une star, connu des médias, des politiques, du public - qui pour autant ne comprend rien de son travail - et dans le monde entier ; ce succès n’adoucit en aucun cas son caractère, au contraire il durcit sa sensibilité encore plus. « Le milliardaire devenu riche en jouant au pauvre » a toujours eu une relation complexe avec sa fortune : il vit avec peu de moyen mais se sert de son argent comme un outil de pouvoir, de pression, voire de chantage. Avec les femmes, ses enfants et ses amis…

La jeune Françoise, étudiante aux Beaux Arts arrive ensuite dans le paysage, il a 60 ans et elle en a 22. Elle fera deux enfants à Picasso, Claude et Paloma. Ils resteront une dizaine d’année ensemble jusqu’au départ courageux de Françoise qui le quitte pour se sauver et préserver ses enfants.

Les premières années furent heureuses, comme à chaque fois. C’est notamment avec elle qu’il se mettra à la poterie. Il modèle l’argile comme il peint : il la révolutionne, la transforme, joue avec comme personne ne s’était jamais permis de le faire. Comme il le dit « Pour faire une colombe il faut lui tordre le cou ».

Entre octobre 47 et mars 48, il aura façonné 2000 pièces, laissant bouche-bée les artisans de Vallauris. Françoise est rapidement victime des pressions et de la vie que son mari lui fait mener : elle doit négocier avec ses marchands, élever les enfants, gérer l’intendance avec des moyens très limités, régler ses caprices, gérer ses absences, etc. il doit être le centre de l’attention en permanence et elle doit supporter ses méchancetés cyniques perpétuelles (il lui dira sans cesse que ses naissances l’ont rendue faible et fragile). Tout cela en plus de ses infidélités (Geneviève Laporte guette à Saint Tropez…). Le couple commence à se déliter. Il appelle ça « le coût élevé de la vie », « de la vie avec Picasso » ajoutera t’elle. Plus elle souffre, plus ça satisfait le sadique Picasso. Elle sera la seule qui aura le courage de le quitter et de s’installer avec un autre homme. 

En fait, avec un peu de recul, chaque histoire d’amour s’est suivie d’une histoire de haine et à chaque fois suivant la même trame : 

La jeunesse qui attire Picasso pétrifié à l’idée de mourir un jour, 

une jeune femme qui tombe sous le charme de cet ogre immensément connu et riche, 

des premières belles années, une nouvelle maison, des nouvelles inspirations picturales, 

la révélation du tyran, qui se « voit en entier » quand on vit sous son toit, 

l’arrivée d’une nouvelle femme, 

Et la page qui se tourne…et qui recommence…

Le problème c’est que malgré ce portrait épouvantable, c’était un génie de la peinture & de la création. « C’est un art réfractaire, insoumis, hors la loi, telle est sa noblesse, un art qui manifeste chaque jour sa merveilleuse vocation de liberté ». « Sans lui, le XXème siècle n’aurait pas été le même ». Mais la vie de ses femmes non plus. 

Laisser un commentaire

* Nom :
* Email :(non publiée)
   Website: (Url du site http://)
* Commentaire