Echange autour d'un livre : Rêver de ne pas être de Stéphane Lambert

Echange autour d'un livre : Rêver de ne pas être de Stéphane Lambert

C'est un petit livre, une centaine de pages,  qui tente de « dire » la grandeur du travail de Marcus Rothko.​ Mais comment expliquer le silence religieux qu'imposent ses toiles ?

Nous l'avons lu et avons été ému donc nous avons été ravis de vous recevoir pour échanger et débattre autour de ce livre court et incisif sur Rothko.  

Pour comprendre son travail il faut tenter de cerner l'artiste. Les premiers chapitres partent donc à la recherche de ses origines. Marcus est né en 1903 dans une petite ville de l'Empire russe (la Lettonie actuelle) aux maisons colorées et à l'atmosphère paisible.

A ses 10 ans, devant la hausse des persécutions, il quitte le pays avec sa famille qui émigre vers les Etats-Unis. Marcus semble avoir gardé de cet exil une amertume, un pessimisme ineffaçable. Ce déracinement serait « le terreau » dans lequel il « a puisé la profondeur de l'oeuvre ».

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

Insatiable curieux, il étudie la philosophie à Yale et semble fasciné par l'homme, l'âme et l'au-delà. Il commence à peindre. Ses premiers travaux sont figuratifs même si « déjà les personnages semblent dans l'attente de leur dilution ».

Empreint d'une forme de religiosité, l'artiste ​est​ un silencieux qui ne supporte​ pas le brouhaha mondain ni le superficiel. Il n'aime pas le visible, le facile, le clinquant. Il faut coûte que coûte se tenir à l'essentiel. C'est le démarrage de l'abstraction qu'il ne quittera plus. 

C'est en 1948 à la mort de sa maman et à la naissance de ses enfants que ses « rectangles de couleur » voient le jour : l'œuvre doit parler par sa propre apparence, « une apparence délivrée du paraître ».

L'artiste était d'ailleurs fasciné par une toile de Matisse, l'Atelier Rouge, où la couleur prend le dessus sur le décor lui donnant une présence infinie. Cet exemple fait échos à « la dévoration » de la couleur dans ses toiles.

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

L'atelier rouge, Matisse

Les fonds sont devenus les sujets de ses œuvres. Une fois de plus, se limiter à l'essentiel et éviter le verbiage. L'anecdote plus tardive (1958) du Four Seasons, un restaurant chic de Manhattan, est révélatrice. Avant la livraison des panneaux commandés, l'artiste décide d'aller y déjeuner. Devant la trivialité de l'endroit et sa clientèle de nouveaux riches, Marcus décide de rendre l'argent et de garder ses œuvres.

Ses monochromes de couleurs ont un succès grandissant et plus ses œuvres plaisent plus il s'isole et son rejet de la société s'accroît.

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

Solitaire, insatisfait, malheureux, exigeant, Markus semble s'enfoncer peu à peu dans sa dépression.

À la fin des années 50, la rencontre des mécènes de Menil va lui permettre d'accomplir son Œuvre et de s'accomplir pleinement. Les deux frères souhaitent créer une chapelle sur le campus de l'Université de Saint Thomas à Houston. Présenter ses œuvres dans un lieu dédié, presque sacré et conçu pour elles était son rêve. Après des désaccords houleux avec l'architecte en charge du projet (rencontré sur le projet du Four Seasons !) - Johnson - Rothko obtient la création d'une Chapelle comme il le souhaite.

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

Quatorze panneaux dont trois triptyques en ronde dans un bunker minimaliste à l'éclairage exclusivement naturel. Tous violet foncé tirant vers le noir (« une idée de noir »). De 1964 à 1967, il travailla dans son atelier de la 69ème rue à la réalisation de ces panneaux pour « trouver une forme à la sensation » et « concilier plénitude et effacement ».

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

Un matin, ce chantier fini, l'artiste se donna la mort, comme si sa présence n'était plus nécessaire. Il vit alors séparé de sa femme Mell et loin de ses enfants depuis plus d'un an.

« Tout est dit dans la peinture de Rothko. La fin a été atteinte. »

La dernière partie de l'ouvrage décrit les sensations de l'auteur devant les œuvres de cet immense artiste à la Tate de Londres et à Houston.

​J'ai presque envie de pleurer.

Zeuxis galerie d'art présente Mark Rothko vu par Stéphane Lambert

Mark Rothko - Rêver de ne pas être de Stéphane Lambert.

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