Odilon Redon

Odilon Redon

 

Les jours s’allongent, les températures s'adoucissent et pourtant, la troisième vague tant redoutée est là. Elle est arrivée en même temps que le printemps dont on observera les premiers frémissements de loin cette année. Pour compenser les fleurs “non essentielles” dont on ne pourra pas s’entourer, on se prête à rêver à des jours meilleurs en feuilletant le catalogue raisonné du peintre symboliste Odilon Redon. Au fil des pages, et parmi ses célèbres gravures sombres et ésotériques, se révèlent un thème plus doux et plus optimiste cher à l’artiste : les bouquets de fleurs. Fusain, pastel, ou huile sur toile, tous les moyens sont bons pour croquer ces natures mortes pleines de vies.

 

 

Son fils témoigne et se rappelle : “Se levant de bonne heure, mon père aimait commencer sa journée au fond du jardin, à lire quelques pages de Pascal - son auteur favori - ou de Montaigne, de Suarès, ou de Rémy de Gourmont. Ma mère, pendant ce temps, préparait avec soin - et amour, son modèle : un grand vase de fleurs.” Sur des fonds ocre ou couleur de sienne, Redon peint chaque jour un bouquet imaginé et composé par sa femme. Qu’ils soient précis ou tout juste ébauchés, ces portraits de fleurs colorés font partie intégrante de la vie quotidienne du peintre.

 

Ce qui est intriguant, c'est le tel écart qu’il y a entre cette minutieuse observation de la nature et les autres peintures de l’artiste, peuplées d’êtres oniriques étranges, mystiques et inquiétants. Les doux bouquets de fleurs créés par son épouse semble ramener Redon à quelque chose de tangible, de rassurant, de régulier, de réel en quelque sorte. Ils apparaissent comme l’antithèse de “l’incertain et de l’indéfini” qu’il s’évertue d’habitude à rendre visible sur ses toiles.

 

Face à ces fleurs des champs on se surprend nous aussi à retrouver un peu d’espoir au milieu de la tempête et de ces temps sombres. Il y a effectivement quelque chose de tangible, de rassurant, de régulier : les coquelicots pousseront toujours sous le soleil comme ils poussaient en 1901 dans les champs entourant la maison des Redon à Bièvres.

 

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