La tête de femme - Amelie, Maison d'art
La tête de femme

La tête de femme

Tête de femme

Boisgeloup 1932

Plâtre, 133.4 x 65 x 71.1 cm

 

En 1931, Pablo Picasso quitte Paris pour s'installer à Boisgeloup, un lieu isolé, à l'écart de tous et de tout, en Normandie. Il emmène avec lui sa muse et compagne la très jeune Marie-Thérèse Walter. Entre les murs de ce drôle de château spartiate, Picasso retrouve le chemin de la sculpture qu'il avait délaissé au profit de la peinture. Dans l'écurie qu'il transforme en atelier Picasso a enfin l'espace nécessaire pour sculpter la sensualité et les traits exagérés de Marie-Thérèse. Nait au cours de cette période de production sculpturale intense et prolifique une série d'œuvres avant-gardistes dont fait partie son emblématique Tête de femme.

Ce platre convulsé, inspiré par sa jeune muse, est d'une monstruosité esthétique totalement innovante. Picasso se complaît dans l'acte démiurgique de création et dans la recherche d'originalité extrême. Il dira d'ailleurs à Brassaï, qui lui rend visite à Boisgeloup pour photographier ses oeuvres, cette phrase révoltée : "Qu’est-ce que la sculpture ? Qu’est-ce que la peinture ? On se cramponne à des idées vieillottes, comme si le rôle de l’artiste n’était pas précisément d’en créer de nouvelles !"

Cette indiscipline, cette irrévérence de Picasso face au classique plait aux surréalistes qui présenteront dès le premier numéro de leur revue Minotaure cette Tête de femme. Car avec cette oeuvre Picasso propose une nouvelle représentation de la figuration humaine. Une représentation moderne, empreinte de liberté et parsemée d'allusions qui incarne son désir pour sa conquête-muse.

Mais à y mieux regarder on retrouve dans cette tête de femme pleine de paradoxe, l'attachement de l'artiste pour les artefacts de l'antique et du mythologique. Les expérimentations de Picasso rappellent étonnamment le dépouillement primitif des têtes d'idoles cycladiques en marbre blanc. Picasso, comme Brancusi, Modigliani ou Henry Moore, s'inspireront donc religieusement des lignes minimalistes, de la simplicité rigoureuse et de la géométrie presque abstraite de cette culture préhistorique résolument moderne. Face à ces parallèles une dernière question nous interpelle : l'art cycladique était-il extrêmement avant-gardiste ou Picasso étonnamment archaïque ?

 

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