Il était une fois...Joan Miró

Il était une fois...Joan Miró

Le 20 avril 1893, jour d’exaltation chez Miquel Miro et Dolorès Ferra, sa femme. Leur premier bébé va naître. Ils habitent alors en plein cœur du quartier gothique à Barcelone. L’enfant est un beau bébé à tête ronde et aux yeux bleus : il s’appellera Joan.

Toute sa vie, il restera très attaché aux campagnes catalanes et majorquines. Il y puisera ses inspirations et ses premières couleurs : chaudes et ensoleillées. Il va souvent chez ses grands parents, paternels à Cornudella, et maternels à Majorque. C’est dans cette campagne qu’il découvre sa fascination pour les insectes, les oiseaux, les arbres et les serpents qui sont à la base de l’imagerie de ses oeuvres. Grandir à la campagne fait de Miro un terrien. C’est un enfant calme, discret et introverti. Il fait de longues promenades dans la campagne et dessine. A 15 ans ses amis sont surpris par son attitude sérieuse et pénétrée et son aptitude au travail. Dans son carnet de croquis, on retrouve les paysages qu’il aime : arbres, fermes, ponts, moulins, châteaux, cathédrales...

Il fait du dessin, une barrière invisible et infranchissable qui le protège des autres.

Dès 1907, il s’inscrit à l’école des Beaux arts de Barcelone pour suivre les cours de dessin de Modesto Urgell, ami de Gustave Courbet. « ...Modesto Urgell, mon premier professeur, exerça une grande influence sur moi à travers le sentiment de solitude et de dépouillement, qui est toujours présent dans mon propre travail.»  Cf.Personnage lançant une pierre à un oiseau (1926) 

A la fin du siècle dernier, la vie est difficile en Espagne, le pays est instable et aux 17 ans de son fils Joan, son père décide de l’orienter vers les « affaires ». Il aura un diplôme de comptable et travaillera dans une grande entreprise de Barcelone. « J’étais très malheureux ...et je me laissais de plus en plus aller à la rêverie et à la révolte ».

En 1911, Joan fait une dépression nerveuse et une fièvre typhoïde qui l’obligent à partir en convalescence plusieurs mois dans une ferme familiale à Montroig, un petit village à 140 kms au sud de Barcelone.

Un soir, il se promène avec son père et lui fait admirer la couleur extraordinaire du coucher de soleil : un camaïeu de violet. Son père qui n’a aucune sensibilité artistique se moque de lui ; il devra cependant céder à la révolte de son fils et l’inscrit en 1912 à l’académie de Fransesco Gali à Barcelone. Joan a 19 ans et trouve ici l’occasion de s’exprimer enfin librement. La méthode d’enseignement est très progressiste pour l’époque : au lieu d’étudier les grands maitres du passé, Gali pousse ses élèves à étudier les œuvres des artistes contemporains du XXe siècle tels que Van Gogh, Gauguin, Seurat, Cézanne...les Fauves, les Cubistes...

Gali est frappé par les talents de coloriste de son jeune élève. « …La couleur me parlait, mais pour moi les formes restaient à déchiffrer. Je pouvais à peine différencier une ligne droite d’une courbe ».

Miro apprend à dessiner de mémoire, en dessinant un objet qu’il touche les yeux fermés. De la même façon, il travaille un volume dans l’argile. « ...J’ai besoin de modeler avec mes mains, de prendre une boule d’argile humide et de la presser. J’en tire un plaisir physique que je n’ai pas avec le dessin et la peinture. »

Après des années de dessin, Miro aborde la peinture à l’huile : il malmène la perspective et utilise des couleurs vives et fortes. Il y a déjà dans ses peintures une puissances primitive, pure et naïve à la touche vigoureuse. Le galeriste Josep Dalmau lui propose d’exposer ses toiles (L’homme au pyjama - 1917). 

C’est un échec qui pousse Miro à modifier son style. Il se retire à Montroig pour retrouver le calme et la paix si nécessaire à sa concentration et à son inspiration. Il travaille en s’attachant au moindre détail : 

« ...La joie d’atteindre dans un paysage, une compréhension parfaite d’un brin d’herbe, aussi beau qu’un arbre ou qu’une montagne »...(La Maison au palmier)

En mars 1920, Miro découvre Paris pour la première fois. A peine installé, il appelle Pablo Picasso. Il ne se sont jamais croisés mais Miro connaît bien la mère de son compatriote et ils deviennent très vite amis. « …Pour moi la vie à Paris était très dure et je me souviens très bien des conseils qu’il m’a donné. Par exemple, voyant mon impatience, il m’a dit: « Faites exactement comme si vous attendiez le métro : il faut faire la queue. Attendez votre tour voyons ! » Son Autoportrait (1919) sera offert par Dalmau à Picasso.

Paris se remet à peine de la Première Guerre mondiale. Et c’est dans cette grande agitation intellectuelle qu’apparaît le dadaïsme : libre de toute esthétique et de tout credo intellectuel. Miro est impressionné par cette liberté artistique. Il visite souvent le Louvre. Il garde toujours sur lui un rameau d’olivier et un fruit de caroubier, symbole de son lien avec la source de son art : le paysage catalan.

A propos des cubistes Miro déclare: « Je casserai leur guitare » !

« C’est à Paris que je me suis réellement formé intellectuellement. Aussi le français est pour moi la langue du travail intellectuel, de la réflexion. Quand je pense à un projet, je pense toujours en français...dès qu’il s’agit de réfléchir quelque chose, alors c’est le français…toute la formation est à Paris. »

Ceci est la couleur de mes rêves

(...à suivre)

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