Modigliani Partie 2 : L'Ange au visage grave

Modigliani Partie 2 : L'Ange au visage grave

PARTIE 2 : Modigliani, l’Ange au visage grave

Modigliani a une très haute idée de son art : il préfère « crever de faim » plutôt que d’accepter ce petit boulot de dessinateur à l’Assiette au beurre, revue satirique, qui permet à de bons dessinateurs d’avoir un salaire confortable. Aucune concession n’est tolérable aux yeux de l’artiste. Ainsi peuvent s’expliquer les terribles colères dont Modigliani est capable, colères qui contribuent à cette réputation d’homme violent que la légende attribue à l’alcool et à la drogue. En réalité, c’est l’incompréhension du monde qui l’entoure qui provoque cette rage. 

« Je ne suis ni ouvrier, ni patron. L’artiste doit être libre, sans attache. Une vie exceptionnelle. La seule vie normale, c’est le paysan, le cultivateur , qui la mène. Nous, c’est un monde. Les bourgeois, c’en est un autre-loin de nous ».

L’homme a le sentiment d’être différent des autres. Il a échappé de peu à la mort et ça le hantera toute sa vie: « Le bonheur est un ange au visage grave ». Message daté de 1913 à son ami Paul Alexandre qu’il signera « Le ressuscité ».

Entre 1906 et 1914, la recherche artistique de Modigliani ressemble à celle de ses contemporains. La femme, le théâtre et l’usage d’alcool et de stupéfiants, trouvent le même écho chez Modigliani que chez les artistes de l’avant-garde parisienne. Toute l’étude artistique est tournée alors vers l’analyse de la figure, de préférence féminine et nue. C’est grâce à l’alcool et à la drogue que Modigliani parvient à atteindre cet idéal de « plénitude » qui lui permet, telle « une voyante » de plonger dans l’âme humaine.

 « L’alcool nous isole du dehors, nous aide à entrer dans notre intérieur, tout en se servant du monde du dehors »... « C’est l’être humain qui m’intéresse. Son visage est la création suprême de la nature. Je m’en sers inlassablement.» Ainsi concentré, Modigliani ne perçoit plus le modèle, mais pénètre la nature profonde de l’être humain.

« Je le revois en bras de chemise, tout ébouriffé, essayant de fixer mes traits sur la toile. De temps en temps, il tendait la main vers une bouteille de vieux marc. Je voyais que l’alcool faisait son effet : il s’excitait , je n’existais plus ; il ne voyait plus que son œuvre. Il était si absorbé qu’il me parlait en italien.» C’est le témoignage de Lunia Czechowska lorsqu’il exécute son premier portrait.

De 1914 à 1920, Modigliani devient exclusivement peintre. Il abandonne la taille directe pour des raisons de santé, ce sera pour lui un terrible renoncement et un énorme constat d’échec. La première de ces années est terrible : l’artiste cherche son style, et la trentaine d’œuvres de cette période montre les hésitations du peintre, les tableaux sont mal construits et pas toujours très réussis. Mais très vite, alors que la guerre fait rage, Modigliani atteint « la plénitude ».

Il trouve «  la figure idéale » et son style propre : le visage de ses modèles devient « le masque » de leur âme, le visage est grave et derrière les yeux souvent inexpressifs se cache le plus profond de l’être que l’artiste révèle par le juste trait, le bon geste et une couleur. Au gré des modèles, le portrait est ironique, critique, respectueux, amoureux, compatissant....l’artiste dévoile ainsi les faiblesses ou les qualités de son modèle. Le vrai visage de Modigliani est dans son œuvre. On y trouve un homme sensible et tendre, il peint avec un sens très pur de la vérité. 

Par exemple, arrêtons-nous sur le « Portrait de Chaim Soutine » : il est peint les mains sur les genoux ; les doigts  légèrement écartés symbolisent la bénédiction dans la tribu biblique des Cohen. Rien n’est placé au hasard, comme Soutine, Modigliani est juif et il le revendique.

« …ce que je cherche, ce n’est pas le réel, pas l’irréel non plus, mais l’inconscient, le mystère de l’instinctivité de la Race. »


Modigliani participe pour la première fois en 1917 à une exposition internationale à la galerie Dada à Zurich, il y a également Kandinsky et Klee. Observons le portrait de Paul Alexandre : derrière le modèle on voit « la colonne sans fin » - symbole de l’infini - qui fut le thème de prédilection de Brancusi sept ans plus tard. Modigliani serait-il ainsi à l’origine de l’une des créations clefs du sculpteur roumain ?

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En 1920, Modigliani présente des symptômes de schizophrénie. Mais l’homme est intelligent et masque sa folie : Modigliani manie la poésie comme d’autres la dérision. Les phrases et leur non sens s’effacent derrière la beauté du verbe et la musicalité du texte. Quelle est l’âme de cette homme qui se cache derrière ce visage, ce masque,  si séduisant ?

...à suivre...

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